Au total, Roland Salomon a remporté 15 titres de champion au volant de voitures de course. Onze d’entre eux, toutefois, l’ont été dans sa jeunesse, alors qu’il pilotait avec passion des «Speed Model Cars». Salomon a été sacré trois fois champion d’Europe dans sa catégorie et deux fois champion du monde. Ce n’est qu’en 1963 que cet entrepreneur bernois est passé aux quatre grandes roues, en commençant par une Citroën 2CV classée en course automobile en raison de son allègement extrême. Puis vinrent une Ford Anglia «tuné» et, peu après, sa première voiture de course. Dès la Formule 3 (avec 1000 cm³), Salomon s’imposait déjà comme un adversaire redoutable pour bon nombre de professionnels. Aux côtés de Clay Regazzoni et de Jürg Dubler, il remporta en 1968 la Coupe d’Europe des nations disputée à Hockenheim pour la Suisse.
C'est à la fin des années 1960 et au début des années 1970 que Salomon a remporté ses plus grands succès au championnat suisse. En 1969, il a décroché son premier titre de champion suisse dans la catégorie des voitures de course avec la Tecno F3. En 1970, Salomon remporta, au volant de la Tecno F2 1600, la Coupe des montagnes suisses, précurseur de l'actuel championnat de course de côte. Son passage en Formule 2 ne porta toutefois ses fruits qu'en 1973, avec un deuxième titre de champion de Suisse, cette fois au volant d'une nouvelle March-BMW 732 et les cheveux déjà grisonnants. L'année suivante, il a réussi à défendre son titre avec la même voiture dans le championnat qui comprenait alors des courses sur circuit et des courses de côte; il a également obtenu quelques résultats honorables dans le très disputé championnat d'Europe de Formule 2, après quoi Salomon a pris une année sabbatique loin de la compétition.
En 1976, le président de longue date du légendaire SAR (Schweizer Autorennsportclub) fit son retour sur les circuits sous le pseudonyme de «Ruby», au volant d’une Modus Formula Atlantic. Au volant de la voiture conçue par le Suisse Jo Marquard, Salomon a réalisé des temps prodigieux, si bien que l’identité de «Ruby» a rapidement été dévoilée. Le légendaire magazine de sport automobile «powerslide» estimait à l’époque qu’il n’avait sans doute jamais aussi bien piloté que cette année-là, alors qu’il avait déjà 41 ans. Bien que Salomon se soit en réalité retiré après son quatrième titre de champion de Suisse, il se laissa convaincre en 1978 de participer à la nouvelle Coupe suisse Renault 5 – un intermède qui marqua la fin peu glorieuse de sa carrière par ailleurs couronnée de succès et lui fit prendre conscience que ce genre de voitures de route ne lui convenait vraiment pas comme véhicules de course.
Côté sport, Salomon s'est tourné vers la Cresta Run de Saint-Moritz, où il a dévalé la piste de skeleton à toute allure jusqu'à l'âge de 80 ans. Ce qu'il appréciait particulièrement, c'était la convivialité au bord de la piste, notamment au Dracula Club. Ce senior plein d’entrain continuait d’apprécier la convivialité, mais de manière plus modérée et plus calme. C’est ainsi qu’en février 2025, à l’occasion de son 90e anniversaire, ce bon vivant a fêté, entouré de sa famille et de nombreux amis dans une cave gastronomique bernoise, l’arrivée réussie à la dernière décennie de sa vie riche en rebondissements et souvent pleine d’aventures. Samedi dernier, il a fait une chute dans la salle de bains de sa maison de retraite à Frauenkappelen et s’est gravement blessé; il a succombé à ses blessures peu après. Roland Salomon laisse derrière lui son épouse Denise, qu’il connaissait depuis très longtemps et qu’il avait épousée en 2017, sa belle-fille Alannah et sa fille Eliane, issue d’un premier mariage.
Texte: Peter Wyss
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